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Les danseurs interprètes au service de la pièce. L'esprit de la Ruche - Lignes d'R

Interview

Ludovic LALLEMAND

Crédit photo : Jean Enilorac

31 mars 2017 16:45

Éric LANGUET : « Ce sont les personnes qui sont au service de la pièce et non la pièce qui est au service de la personne ».

 

Chorégraphe de « L’esprit de la Ruche », Éric LANGUET nous offre une œuvre entièrement dansée sur le thème des abeilles. Cette œuvre fut créée et jouée pour la 1ère fois en 2013 par la compagnie Danse en L’R. En 2016, une nouvelle adaptation fut réalisée par les Lignes D’R. Ce qui rend ces distributions si captivantes, ce sont ses interprètes qui donnent vie à sa création. Ce chef d’orchestre a imposé une chorégraphie en prenant en compte les singularités de chacun de ses artistes:

« Maeva CURCO LLOVERA, Mariyya EVERARD, Didier BOUTIANA, Marion BRUGIAL sont totalement différents les unes des autres dans leur manière de danser, mais il y a vraiment une fluidité dans leur manière de danser que j’aime bien ».

Il en va de même pour ses artistes des Lignes D’R. Il a su garder l’esprit de sa pièce tout en exploitant au mieux les capacités de chacun :

« Mariyya EVRARD, par exemple qui a un corps assez désarticulé, la femme qui a repris n’a pas du tout le même corps. J’ai réadapté, j’ai réécrit les choses pour elle, par rapport à son corps. La trame est la même, même beaucoup de mouvement, et d’autres choses sont les mêmes, mais il y a des petites adaptations à la personne."

Le but de cet auteur est à la fois d’être à l’écoute de ses partenaires et d’imposer un texte à suivre sur « L’esprit de la Ruche ». Le passage entre Danse en L’R et ligne D’R est un long processus basé sur 3 ans.  Il ne s’agit pas seulement de transmettre une chorégraphie. Il y a l’esthétisme, le processus de création, l’éthique, le travail avec les handicapés à incorporer à la nouvelle génération: « Pour moi, la transmission est le meilleur moyen de savoir où on est ».

Éric Languet sait mettre en avant ses danseurs, mais surtout ses créations. Pour lui, « Ce sont les personnes qui sont au service de la pièce et non la pièce qui est au service de la personne. Je ne crée pas de personne ». Les interprètes devaient être placés à des endroits clés, à un moment "T," afin d’être dans des variations de clair-obscur précis. Ce jeu de lumière était un élément essentiel dans la réalisation de sa création. Son objectif n’est pas de dire:  « Voici Cédric MARCHAIS, on va voir Cédric MARCHAIS. Non, on va voir une pièce ». Les artistes qui ont travaillés à la mise en forme de l’œuvre ont investi leurs talents et leurs énergies : « C’est qui fait qu’elle fonctionne». L’autre pouvoir de cette pièce serait, ce pouvoir de subjuguer de la danse, celui d’ouvrir des paysages, de transporter :

« Il y a tout ce que ça porte et ce que ccela apporte : chez vous, chez les spectateurs, ce que cela convoque en la personne : de souvenir, de choses, de machins, et de où est que ça va l’amener... Je pense qu’elle est réussie cette pièce, elle est très lyrique ».