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L'Examen d'Aptitude Technique à la Réunion : une opération de mutualisation

Sujet

F. G. LAZENDA

5 juin 2014 16:40

1. QU'EST CE QUE L’EXAMEN D'APTITUDE TECHNIQUE ?

 

L’Examen d’Aptitude Technique est une épreuve nationale qui valide le niveau de performance technique d’un danseur. Son obtention est indispensable pour intégrer les cursus de formation qui conduisent au Diplôme d’État, nécessaire pour enseigner professionnellement. À ce titre, l’EAT est la première étape du parcours de professionnalisation dans la danse. Il existe un EAT pour chacune des trois grandes esthétiques de la danse : classique, contemporain, et jazz.

En 15 minutes, le candidat doit enchaîner trois épreuves : danser l’une des deux variations imposées choisies chaque année par le Ministère de la Culture pour chaque esthétique ; exécuter une brève composition personnelle ; improviser une courte séquence sur la base d’indications techniques proposées par le jury. Ces performances sont suivies d’un entretien où le candidat peut préciser ses intentions. Cet examen ne peut être organisé que dans l’un des trois centres désignés par le Ministère de la Culture. Il n’en existe aucun à La Réunion.

 

 

2. GENÈSE

 

L’idée d’organiser une session de l’EAT à La Réunion est née de l’intuition, largement partagée par la Direction des Affaires Culturelles et le Conservatoire, qu’il existait dans l’île une demande.

La Conseillère Musique et Danse à la DAC OI : « Nous avions déjà organisé des sessions de l’EAT à La Réunion. Cette organisation, assez stricte et complexe à mettre en place, a un coût. Ce qui implique qu’il faut être sûr d’avoir un nombre suffisant de candidats. J’avais reçu de mon côté un certain nombre de demandes, et quand le directeur du Conservatoire à Rayonnement Régional m’a fait remonter des informations qui allaient également dans ce sens, nous avons partagé l’idée de nous appuyer sur Lalanbik qui est un centre de ressources pour le développement chorégraphique – Océan Indien, pour balayer le terrain et voir quels sont les candidats potentiels. »

 

3. RECENSEMENT

 

Lalanbik a alors mené une opération de recensement.

Lalanbik: « De septembre à novembre 2014, nous avons lancé un appel à resencement afin d’expliquer ce qu’est l’EAT, d’identifier non seulement ceux qui envisageaient de le passer, mais aussi dans quelle discipline : danse contemporaine, classique, ou jazz.

Il fallait aussi avoir une idée de qui, parmi les volontaires, avait le niveau pour s’y présenter. Nous leur avons donc demandé des compléments d’informations afin de pouvoir évaluer le degré d’expérience, la régularité de leur pratique. Mais ce n’est pas le rôle de Lalanbik de déterminer qui a ou n’a pas le niveau pour prétendre à l’examen. Les dossiers que nous avons reçus ont été examinés par tant par le CRR et la DAC OI. »

 

 

Le recensement permet de confirmer la motivation de 28 candidats potentiels, seuil satisfaisant pour organiser une session. Mais ce sont finalement 36 candidatures qui ont été reçues.

 

« Un certain nombre de candidats ne s’étaient pas déclarés au départ, mais l’annonce qu’une session allait être organisée a achevé de convaincre certains qui étaient peut-être indécis, ou qui ne croyaient pas que le recensement allait déboucher concrètement sur quelque chose. »   

 

 

4. MUTUALISATION

 

L’EAT a pu être organisé grâce aux financements de l’État via la DAC-OI, et à la collaboration de toutes les parties impliquées. La conseillère Musique & Danse à la DAC-OI : « Nous avons signé une convention de partenariat où chacun apportait ses compétences spécifiques pour permettre la mise en place d’une session complète. Chacun, dans son rôle, s’est investi pleinement et cet EAT est le fruit d’une synergie que nous estimons tous très positive. »

 

- Le Pôle d’Enseignement Supérieur Musique / Danse de Bordeaux Aquitaine, centre de formation habilité à organiser des examens nationaux, a participé à la mise en place administrative de l’examen lui-même, et veillé au respect de ses protocoles. Sa Directrice pédagogique pour la danse, Josiane Rivoire, a fait le déplacement pour participer aux épreuves.

 

- Le Conservatoire à Rayonnement Régional de La Réunion a pris en charge la venue de trois membres des jurys, prêté ses locaux et impliqué ses personnels aux examens et aux formations qui les ont précédés.

 

- Outre les financements qu’ils ont débloqués, l’État et la DAC-OI, artisans centraux du partenariat, se sont chargés de nommer les jurys, de convoquer les candidats, et de délivrer les certificats de réussite.

 

- Lalanbik, après avoir conduit le recensement des candidats, a organisé leur inscription, pris en charge la venue de trois membres des jurys de l’EAT, et des deux intervenants invités de Métropole pour deux stages de préparation aux variations imposées ouverts à tous les candidats volontaires et participer à la prise en charge de candidats de l'Océan Indien.

 

 

5. OPPORTUNITÉ

 

Habituellement, les candidats issus de formations privées souhaitant valider leur niveau technique pour entrer en formation et obtenir leur Diplôme d’État n’ont d’autre choix que de se rendre en Métropole pour passer l’EAT. D’une part, ce déplacement a un coût qui peut faire barrière aux projets de professionnalisation de certains candidats. D’autre part, pour ceux qui sont en mesure de financer leur voyage, celui-ci implique un dépaysement, une solitude et une fatigue physique qui peuvent leur être défavorables. Organiser une session de l’EAT à La Réunion permet aux candidats locaux de passer l’examen à domicile, dans les meilleures conditions. C’est aussi une possibilité pour les danseurs de la zone océan Indien de s’y présenter au prix d’une moindre distance : 5 candidats de la session 2015 venaient de Maurice et de Madagascar.

 

 

6. CONFRONTATION

 

Organiser l’EAT à La Réunion permet aux pratiquants qui n’envisagent pas de cursus professionnel de se présenter à l’examen pour situer leur niveau de pratique par rapport aux standards académiques. Pour les élèves du conservatoire, dont l’UV technique est équivalente à l’EAT et qui n’ont donc pas besoin de ce sésame pour poursuivre leur parcours, il s’agit tout de même d’une occasion de se mesurer à un examen national.

 

Dans cette optique, huit élèves du CRR ont ainsi pu se présenter à l’EAT. François Vigneron, directeur du CRR : « Cette confrontation à l’autre, à un jury, est intéressante pour des élèves qui évoluent dans le giron familier du conservatoire. Au-delà de l’examen, c’est aussi profiter du déplacement des jurés, qui sont tous des professionnels reconnus, pour organiser des ateliers, des masterclass, et faire des sessions d’information sur les cursus de formation danse en France, pour permettre aux étudiants mais aussi aux professeurs d’obtenir des renseignements directs plus complets que ceux qu’on peut obtenir sur Internet. C’est enrichissant pour tout le monde. »

 

 

7. PRÉPARATION

 

À l’initiative de Lalanbik, deux stages préparatoires ont été organisés à l’attention de tous les candidats souhaitant se présenter à l’EAT. Lalanbik a fait appel aux transmetteurs habilités par le Ministère.

Lucas Viallefond, l’auteur de la variation imposée de l’année 2015 en danse contemporaine, a notamment fait le déplacement en amont de l’examen pour trois jours d’explications et de transmission ouverts à tous. Un autre stage a été consacré à la variation jazz. Les intervenants ont été pris en charge par Lalanbik ; les stages ont été accueillis dans les locaux du Conservatoire.

 

 

8. PHOTOGRAPHIE

 

33 candidats se sont finalement présentés. 17 ont été admis, 4 sont passés au rattrapage, et 13 ont été recalés. Un taux de réussite de 50 % très au-dessus de la moyenne nationale pour l’examen, qui tourne autour des 33 %.

 

« Cette proportion est un premier indicateur de la qualité des candidats, précise Josiane Rivoire, Directrice pédagogique pour la danse au PESMD.  Le second, c’est la moyenne des notes obtenues, qui est également supérieure aux normales nationales, notamment en danse contemporaine. L’enseignement que l’on peut tirer de cette session est donc que le niveau est plutôt bon à La Réunion. »